Interview: AKE Project

AKE Project est une idée développée par Ludovic Coutinho, artiste basé sur l’ile de la Réunion, qui repose sur un fond musical électronique et industriel, tout en étant le siège de créations visuelles déstructurées, faisant apparaitre sous un oeil neuf les erreurs et défaut visuels. J’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec l’homme derrière les machines de ce fameux AKE Project, l’occasion d’en savoir un peu plus sur le dit projet, ses inspirations et les projets à venir. Prenez votre temps et appréciez cet entretien exclusif.

Peux-tu nous présenter le AKE Project?

Bien, comment te dire? Le titre AKE vient de loin… Au départ, et c’était il y a bien longtemps, dans mes années lycée, AKE signifiait Association Ki Exprime et n’était que le prétexte à pouvoir accrocher des affiches bien gentilles dans le lycée où j’étais. Puis AKE m’a servi de nom de groupe plus tard lors de mes premières expérimentations essentiellement sonores, et premiers instrumentaux comme sur la track "Etienne", dont je devrais rééditer une version. Depuis quelques mois j’y ai rajouté le terme Project qui est lié à la notion de projection dans l’avenir, et notamment au sens de l’histoire de l’art qui est celui de la renaissance et de la perspective.
En quelque sorte ce projet est un bon en avant, une ouverture vers de nouvelles perspectives. J’ai voulu de la sorte me jetter en avant dans l’inconnu et de faire des prémisses et de la philosophie expressionniste des premiers temps, un nouveau départ. C’est peut être inconscient mais cette notion de projet est de plus très présente dans mon métier d’éducateur spécialisé.

Est-ce une forme d’urgence qui t’a poussé à monter le AKE Project?

Urgence…oui, je crois que j’arrivais aux termes des possibilités permises par mon mode d’expression, qui était essentiellement musicale. Du midi, une boite à rythme, énormément de vst, de plugins et un enregistrement guitare à chaud. Le résultat le plus souvent trés roots et aléatoire était quasiment inexploitable sur le long terme. Je pense en effet que la musique que je produisais manquait de clarté et de qualité pour pouvoir être partagée, et ce sens du partage est sous-jacent à la nouvelle mouture du Ake Project.

Comment se déroulent les collaborations avec les différents artistes qui prennent part au AKE Project?

En premier lieu j’ai tenté de collaborer avec des artistes pour des pochettes d’album et de singles. J’ai pu ainsi rencontrer des artistes talentueux tels que Ben Stainton, Kenneth Molin Javla, Jay Newby, Ariadne Cereja, Satin and Tat Collage ou encore Roberto Malano. Les rencontrer m’a permis de comprendre qu’il se passait là quelque chose de fort, quelque chose qui dépassait la création d’un morceau ou d’un album. C’était plus comme si je partageais un espace des possibles avec d’autres personnes et peut importe si la communication en anglais par exemple, était parfois difficile. Ce qui se passait prenait une ampleur insoupçonnée.
Je communique énormément sur les réseaux sociaux aujourd’hui, que ce soit par le biais de commentaires ou de publications visuelles, ce qui me permet de rencontrer non seulement des artistes divers, des styles incroyables mais aussi des personnes qui réagissent aux fluctuations nouvelles du net et du monde de l’art. En les contactant et en suivant leur travail, j’ai pu ainsi ouvrir les portes à de futures collaborations et aujourd’hui je peux dire que j’ai de trés bons retours sur ces collaborations et je pense que le projet, bien qu’évoluant sans cesse, se tournera à l’avenir vers du 100% collaboration!

Quels sont les artistes qui ont influencé ton travail, ceux que tu apprécies et avec qui aimerais-tu collaborer?

Du coup, j’en viens à mes influences…bon la collaboration éternelle c’est du Tricky tout craché. Sur le plan visuel, j’ai effectué mes études d’arts plastiques à Toulouse, puis de l’histoire de l’art à Lyon sans vraiment trouver ma place dans ce tissu universitaire. J’ai été et je suis toujours, profondément marqué par le travail de Francis Bacon, pour le coup j’avais même accroché dans une pièce son portrait me regardant d’un œil singulier avec la mention: "Attention mon gars ne fait surtout pas du Jeff Koons!"
Son travail photographique, bien que trés peu reconnu en rapport avec ses triptyques ou ses portraits, m’a beaucoup influencé dans mes production actuelles.
Sur le plan musical je suis intimement attaché aux sons industriels de Nine Inch Nails surtout les premiers albums conçus sur des vieux Macintosh. Bizarrement à l’heure d’aujourd’hui je n’écoute que trés peu de musique électronique. Je pense que l’ouverture est nécessaire pour créer, c’est pour cela qu’il m’arrive d’écouter avec intérêt le jeu de guitare de Brad Paisley ou encore les expérimentations vocales de Maynard James Keenan dans son dernier "Puscifer", ou me connecter sur soundcloud et me laisser balotter dans l’inconnu.

Euh avec qui j’aimerai collaborer? Lady Gaga, John 5, Kat Von D, Carl Gustav Jung…ah non c’est plus possible pour le dernier!

Francis Bacon

Francis Bacon

Le glitch art tout comme le collage semblent être la signature du AKE Project. Peux-tu nous expliquer ce choix artistique et nous dire comment s’opère la création de ces effets?

Le glitch art semble novateur, pourtant je pense qu’il a toujours existé dans les erreurs et défauts visuels. Je trouve cela génial qu’il soit aujourd’hui reconnu comme genre à part entière, et utilisé dans des clips comme ceux des Black Eye Peas ou ceux de Nicky Minaj. Cela permet de faire passer le message que ce qui ressemble à une erreur ou à une erreur de parcours dans le processus artistique ou autre, peut avoir en soi une valeur positive, c’est un peu comme le concept de sublimation de Sigmund Freud.

Lisa, la gardienne du Harem

Ilsa, la gardienne du Harem

Pour revenir à la musique, comment définirais-tu le genre musical développé chez AKE project et quels sont tes outils de productions?

Comme je te l’ai dit un peu avant, le projet repose sur un large fond musical. Et il m’est impossible de dissocier les deux, l’image est liée au son, et le son est lié à l’image, je ne peux faire autrement. C’est pour cela que le projet est divisé en 2 part/2 sides: le premier musical et le second visuel. Si je dois définir le genre de Ake Project, je le qualifierais de musique instrumentale électronique et industrielle, rien de plus. J’ai un peu du mal avec toutes ces nouvelles variations d’étiquettes. J’ai découvert récemment que le mixage du trip hop et du rap s’appelait le TRAP, c’est bizarre non?
Au niveau du matos…euh pas cher: Massive Instruments, Fruity Loops et pc qui plante!

Quel est l’état actuel de la scène électronique sur l’île de la Réunion? Quels sont tes coups de coeur et qu’est-ce que tu aimerais voir changer?

Je pense que la Réunion à encore besoin de temps pour se remettre de la crise requin…non sans déconner je suis un ermite.

Quels sont les projets et collaborations à venir pour les mois à venir et au delà?

Je travaille actuellement avec le magazine The Elegant Savage, et un artiste digital du nom de Ashley James Brown sur une exposition à ses cotés. Du coté des collaborations, je peux également parler de la géniale et loufoque team de la marque Modesty Attire pour laquelle je prépare quelques visuels glitchart déjantés. Il y a également deux videographes du nom d’Osele Sinjota et de Freya Mc Leod, qui me préparent des visuels pour deux morceaux incroyables, mais je ne peux en dire plus!

Beware of the starlette

Beware of the starlette

Pour en savoir plus sur le AKE Project, visitez les liens ci-dessous:

Facebook
Bandcamp
Tumblr