Interview avec bahnhof::zoo

bahnhof:zoo préfère travailler dans l’ombre, et ne faire parler que sa musique. Pour lui, le futur du footwork est dans l’underground, c’est probablement l’une des raisons pour laquelle qu’après toutes années dédiées à cette culture urbaine alternative, il n’est toujours pas enclin à rendre public son image, son vrai nom ou toute autre élément de sa vie privée.
C’est donc un privilège et un réel plaisir de pouvoir discuter avec un artiste, de surcroit français, qui contribue à faire briller de plein feu le footwork. Un entretien, que je vous invite à lire juste après ceci, où il est question des ambitieux projets de son label Nidali Records, la prochaine sortie de son EP "The Fire of Our Souls", ses coups de coeur ou encore le footwork en France.

Tu vis à Chicago depuis quelque temps maintenant, est-ce pour être au coeur du mouvement footwork que tu as décidé de t’installer là-bas?

Le hasard fait bien les choses, étant donné que mon épouse est originaire de Chicago. En fait j’ai été exposé au footwork progressivement, au fur et à mesure de mes voyages de l’autre côté de l’Atlantique. Mon déménagement a donc une origine plus personnelle, mais c’est vrai qu’il est agréable de pouvoir m’immerger dans cet environnement.
Le quotidien de cette ville, ainsi que ce que tu ressens quand tu vis ici au jour le jour, surtout du point de vue d’un expatrié comme moi, se reflète définitivement dans le son de mon prochain EP "The Fire of Our Souls".
Je suis juste heureux de pouvoir être ici! Je découvre plein de choses au quotidien sur la vie américaine et je rencontre plein de gens formidables, dont les potes du label Tenth Degree, ainsi que quelques figures locales du footwork de Chicago.

Parmi les innombrables projets que tu as enchaîné depuis près d’un an maintenant, quels sont ceux que tu estimes les plus réussis et quels sont les plus importants à tes yeux?

L’une de mes productions dont je suis le plus fier est probablement ma collaboration avec B3no. Cette expérience a définitivement marqué un tournant dans ma manière de produire et dans mon approche du traitement sonore. J’ai énormément appris au travers de cette aventure.
Ensuite, il y a eu une période de transition du à mon déménagement aux USA, pendant laquelle j’avais juste mon laptop et une paires d’écouteurs dans une cave au milieu du Wisconsin. Mais au final, malgré le peu de moyens, j’ai réussi à produire "Reachin’ Out", qui a été reçu positivement un peu partout dans le monde, du Japon à la Nouvelle Zélande. C’est donc, à mes yeux, un véritable accomplissement dans le sens où le manque de moyens m’a permis de laisser place à la créativité et aux émotions que j’essaye de faire passer au travers de cet EP.

Comment qualifies-tu aujourd’hui ton son? Explique-nous cette tendance funk, r’n’b que l’on retrouve dans tes productions actuelles.

J’aime la musique qui groove! Et puis je suis un gamin des années 80, alors cette vague un peu disco funk, new wave, 80’s r n b, c’est ce qui a bercé mon enfance sur les débuts balbutiants de la bande FM…
Le fait est, si tu y prêtes attention tu verras que malgré le côté un peu kitsch de cette musique, elle n’en reste pas moins une musique de qualité avec un vrai message dans les paroles et une créativité indéniable dans la production musicale. Et puis pour une raison où pour une autre, ce type de musique s’adapte assez bien au format musical que j’explore depuis maintenant quelques années.
Mon nouvel EP, "The Fire of Our Souls", reflète ce penchant pour ce genre de musique qui arrive à concilier une musique légère et uptempo avec des sujets parfois assez sérieux. Et puis dans le même temps, ces nouveaux morceaux m’ont été inspirés par ce qui est arrivé dernièrement à mon ami Footmerc, à qui je dédie cette nouvelle production.

Comment se porte ton label Nidali Records? Peux-tu nous parler des nouveaux projets en cours et à venir?

Plein de bonnes choses sont à venir de ce côté là également. Nous venons juste de mettre en ligne notre nouveau site web, et nous avons également ouvert une page Facebook dans le but d’atteindre une audience un peu plus large et éclectique.
Je suis également en plein développement du catalogue d’artistes que nous distribuons sur le label. J’ai décidé qu’il est temps de rendre un peu à la communauté après trois ans d’aventure, et j’ai choisi de le faire en utilisant le peu de notoriété que j’ai pour promouvoir de jeunes artistes.
Il y a quelques mois de cela, j’ai ouvert le blog musical The Jukeheadz, sur lequel je met en avant de jeunes producteurs par l’intermédiaire de playlists soundcloud. Cela m’a permis de rencontrer plein de jeunes talents, et d’en inviter ainsi quelques, à sortir un EP via notre nouveau portail de vente en ligne sur junodownload.com. "Junglist" de DJ Mobile, jeune producteur et DJ allemand est le premier EP qui est sorti le 15 juin dernier.
D’autres surprises sont à venir tout le restant de cette année 2016…

Pourquoi faire maintenant le choix de la plateforme Juno pour la release du prochain EP de Nidali? Est-ce la fin du modèle du tout gratuit?

Juno a une importante communauté footwork/juke, une des plus importantes sûrement avec Bandcamp. Ce nouveau portail me permettra justement de mettre en avant ces nouveaux artistes auprès d’une audience plus large que celle qu’ils pourraient espérer atteindre sur Bandcamp.
Bien sur il y aura toujours des releases gratuits sur Bandcamp, mais Juno me permet de mettre en avant de jeunes artistes prometteurs. Et puis c’est une étape de transition, en espérant de pouvoir bientôt sortir des productions sur support physiques comme des vinyles, ou même des bonnes vieilles cassettes.

Que penses-tu du footwork aujourd’hui? Comment vois-tu son évolution dans un futur proche?

Le mouvement prend de l’ampleur un peu partout. On commence même à sentir un timide engouement ici à Chicago, ce qui est curieux après toutes ces années où le footwork était considéré comme un sous-genre dans sa ville natale.
Moi ce qui me rend très optimiste et impatient pour le futur est le fait que la relève est là. Il y a tellement de jeunes talents un peu partout, tant au niveau des producteurs et djs qu’au niveau des danseurs. Et puis au fur et à mesure que le mouvement prend de l’ampleur, la communauté a su être suffisamment intelligente pour s’organiser. Il y a un véritable réseau de labels indépendants, de radios locales, de distributeurs, d’organisateurs de concerts et même de fabricants de vêtements qui s’est mis en place et tout le monde se connait, s’entraide et travaille main dans la main pour une passion commune.
Le futur du footwork est, comme bien souvent dans la musique, dans l’underground!

Quels sont les albums ou artistes footwork qui t’ont fait vibrer jusqu’ici cette année?

2016 est définitivement un très bon cru! Ces derniers temps j’ai vraiment accroché sur "4/4", le nouvel EP de Bennelux ainsi qu’à peu près tout ce que fait A. Fruit, que ce soit ses productions originales ou ses remixes.
Le nouvel EP de Londy "Japanese Soul 3" est également remarquable, tant dans la qualité de production que dans la composition et les arrangements.

Comment se fait-il que tu n’as pas fais partie du projet "Le French Work"? Prendras-tu part au second volume, si il venait à sortir?

Je pense qu’au départ Laurent (aka Bigseuf) ne savait pas que j’était français… C’est vrai que je ne communique que très peu sur ma vie personnelle sur les réseaux sociaux, j’essaye de focaliser les gens sur la musique au lieu du personnage.
Bref, c’est arrangé depuis et il est effectivement question que je fasse partie d’un possible deuxième opus…

Qu’est-ce qui à ton avis permettrait au footwork de faire pleinement partie de l’univers musical urbain français?

En France, nous avons la chance d’avoir une tradition de danse urbaine depuis maintenant plusieurs décennies, que nous avons hérité des Etats Unis et que nous avons perfectionné au fil des années. Je pense donc qu’il serait effectivement possible que la culture Juke s’impose dans le paysage musical et culturel français, au même titre qu’elle s’est imposée au Japon.
Le problème vient à mon avis du manque de représentation dans les médias locaux mais également dans les clubs. Cette musique, même si elle a trouvé une certaine niche d’amateurs sur Paris, reste quand même très très underground. Ne parlons même pas des radios, pour qui le footwork est, pour ainsi dire, inconnu au bataillon. Et même si de nos jours tout cela est disponible directement sur le web, qui va aller instinctivement rechercher un genre de musique aussi particulier que le footwork si il n’est pas déjà familier avec la culture Juke ?

Y a t-il une chance de te voir prochainement sur une scène française?

Si les gars de Le French Work m’invite, pourquoi pas? 😉

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English Version

 
 

You live in Chicago for quite some time now, is it to be at the heart of the movement footwork that you’ve decided to settle down there?

There’s must be something with fate, because my wife is originally from Chicago! In fact i was gradually exposed to the footwork as i used to travel across the Atlantic. Although it’s a real pleasure to be able to immerse myself in this environnement, my move to Chicago is more for personal reasons. The daily life of this city, and what you feel when you live here day by day, especially from an expatriate perspective like me, is definitely reflected in the sound of my upcoming EP, "The Fire of Our Souls".
I’m just happy to be able to be here! I’ve discovered many things in everyday american life, and I meet lots of great people, including friends of the Tenth Degree label, as well as some local figures of Chicago footwork.

Among the many projects you’ve hold for almost a year now, which ones do you estimate the most successful and which are most important to you?

My collaboration with B3no is probably the work i’m more proud about. This experience has definitely been a turning point in my way to produce and in my approach to sound processing. I’ve learned a lot through this adventure. Then there was a transition period with my move to the US, working with the few resources that I had at that time, just my laptop and a pair of headphones in a cave in the middle of Wisconsin. But in the end I managed to produce "Reachin ‘Out" which was positively received everywhere in the world, Japan and New Zealand. It is for me, a real accomplishment that the lack of resources has allowed me to leave room for creativity and feelings that I tried to get through this EP.

How do you qualify your sound today? Explain to us this funky, r’n’b trend that are found in your current productions

I like music that grooves! Besides that i’m a kid from the 80’s so this little funk disco, new wave, 80’s r n b stuff, is all what I was raised with in my childhood on early infancy FM …The fact is, if you listen closely you will see that despite the somewhat kitschy side of this music, it remains a quality music with a real message in the lyrics and an undeniable creativity in music production. And then for some reason, these types of music fits quite well to the musical format I am exploring for some years now. My new EP, "The Fire of Our Souls", reflects this propensity for this kind of music that juggles slightly uptempo music with subjects sometimes quite seriously. And at the same time, these new songs were inspired me by what recently happened to my friend Footmerc, to whom I dedicate this new production.

How goes your label, Nidali Records? Can you tell us about the current and future projects?

Lots of good things are coming also from this side. We just put online our new website, and we have also opened a Facebook page in to achieve a somewhat broader and eclectic audience. I am also in full development of the catalog of artists that we distribute on the label. After 3 years of activity, i decided to give back to the community by developing the artists catalogue of the label, and use the small notoriety that i have to promote young artists.
Also, just a few months ago, i opened a music blog called The Jukeheadz where young producers are showcased through soundcloud playlists. It gives me the opportunity to meet a lot of young talents and invite some of them to release an EP via our new online sales platform on junodownload.com. "Junglist" from DJ Mobile, a german dj/producer was released last June 15th, and many other surprises are coming this year…

Why did you make the choice of the Juno platform for the release of the next EP Nidali? Is this the end of the free albums?

Juno has a significant footwork/juke community, probably one of the largest with Bandcamp. This new portal will allow me just to highlight these new artists to a wider audience than they could hope to achieve on Bandcamp.
Of course there will always be free releases on Bandcamp, but with Juno the focus is on promising young artists. It is a transitional step, hoping to be able to release soon tracks on physical support such as vinyl, or even good old cassettes.

What do you think about the footwork today? How do you see its evolution in a near future?

The movement is growing everywhere. We even begin to feel a shy craze here in Chicago, which is curious after all these years where the footwork was considered a subgenre in his hometown. As for me, what makes me very optimistic and excited for the future is that the next shift is here. There is so much young talent everywhere, both in terms of producers and djs, as well with the dancers. With the movement growing, the community was able to be smart enough to organize itself. There is a network of independent labels, local radio stations, distributors, concert organizers and even clothing manufacturers that has been developed. And everyone knows each other, help each other and work together for a common passion.The future of the footwork is, as so often in music, in the underground.

What are your favorite albums or footwork artists that have made you move so far this year ?

2016 is definitely a very good year. Lately I have been really hooked with the new Bennelux, "4/4 EP", and just about everything that A. Fruit has done with her original productions and remixes!
The new EP "Japanese Soul 3" from Londy is also remarkable, both in the quality of production and composition, arrangements as well.

Why didn’t you take part in "Le French Work" Project? Any chance to see you in the 2nd volume, if it’s coming out?

I think initially Laurent (aka Bigseuf) did not know that I was French. It’s true that I don’t communicate that much about my personal life on social networks, I try to focus people on music instead of on the character. It is fixed now and there is some chance that I can be part of a second album.

What should be the next step for footwork to be fully recognized as a part of the french urban musical scene?

In France, we are lucky to have an urban dance tradition for several decades now, we have inherited from the United States and that we have perfected over the years; so I think it would actually be possible that the Juke culture is required in the musical and cultural landscape French, just as it has emerged in Japan.
The problem is in my opinion the lack of representation in local media but also in clubs. This music, although it found some niche lovers on Paris, is still very underground. Not to mention radio, for which the footwork is, so to speak, unknown to the battalion … And even if nowadays it is all available directly on the web, who will go instinctively seek such a special kind of music the footwork if you are not already familiar with the Juke culture?

Are we going to see you soon on some french scene?

Why not? Maybe the guys from Le French Work will invite me some day. 😉

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